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Nous sommes en Castagniccia, la région des chataigniers, richesse de nos montagnes. Nous la devons, il faut l’admettre, aux Ordonnances Génoises qui au 17e siecle faisaient obligation aux propriétaires de planter cinq especes d’arbres fruitiers, dont le chataignier. Ceux qui possedaient un important « grataghju » (séchoir) faisaient figure de seigneurs. La culture du chataignier faisait la fierté de cette partie de la Corse, qui avait d’ailleurs, pour cette raison, une de plus forte densité de population de France (135 habitants au km2). C’était, bien entendu, avant la guerre de 1914……
Selon une formule des anciens, un chataignier pouvait nourrir une famille pendant un mois. Non seulement les chataignes permettaient aux hommes de survivre, mais elles alimentaient aussi cochons, chevaux, mulets, chevres et boeufs. Concassees elles étaient jetées aux poules.
« A cugliera » (la cueillette) se faisait en début d’automne. Tout le village prétait mains fortes. Les femmes et les enfants courbes, panier à la main, se dépechaient de ramasser les chataignes, les mains engourdies et les doigts meurtris par « i gricciuli » (bogues herissees). Lorsque les dernières feuilles de chataigniers recouvraient le sol d’un tapis épais, et avant que surviennent les premières pluies et les premiers froids il fallait fouiller à la « ruspula » (petite fourche à 3 dents en bois) lors de la « seconda manu », on revenait deux fois sous les memes arbres. Les journées étaient longues meme si elles étaient coupées à midi par le traditionnel repas à base de pulenda, saucisse et fromage. Les hommes eux, étaient chargés de transporter à dos d’anes jusqu'au village, les sacs lourdement remplis.
La « gratata » (mesure de chataignes) était déposée sur les claies du séchoir. On la retournait tous les 3 jours pendant 3 semaines. Un feu de bois presque vert était entretenu jour et nuit dans le « fugone ». Une epaisse fumée ocre difficile à supporter plafonnait dans la pièce. C’est la raison pour laquelle au coeur des veillées, on s’asseyait sur un banc trés bas.
Une fois séchées, enfermées dans un sac de forte toile assez étroit, elles étaient battues sur le « tropu » alternativement à droite et à gauche. Pour séparer les peaux, elles étaient passées au gros tamis puis portées au moulin. Ce travail incombait aux enfants qui partaient avec 7 ou 8 bourricots chargés chacun de 2 sacs. Quelques jours plus tard, ils retournaient au moulin prendre livraison de la farine dans laquelle le meunier avait prélevé son du. Les sacs pleins de farine à l’odeur sucrée étaient vidés dans le « caccione » un grand bahut en bois a deux compartiments : un pour la farine de chataigne, l’autre pour celle de blé. On attendait avec impatience la première farine pour faire cuire la « pulenda » qui, friandise pour nous, avait été la nourriture essentielle de nos grands parents, souvent meme à tous les repas.
Aujourd’hui encore, au coeur de la Castagniccia, de rares exploitants, ont conservé intactes les methodes de fabrication authentiques. Regroupés au sein de la filière Castanéicole, ils ont su redonner à la Chataigne, ses lettres de noblesse.
Selon recit de Mr FILIBERTI Lisandru de Casa-pitti (Morosaglia)
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